Etat d’esprit

En entrant dans le monde photographique de Lily Franey, nous nous trouvons plongés dans l’univers de l’enfance. Est-ce une fuite, une frayeur devant la brutalité du monde actuel ou est-ce le rêve d’un avenir un peu plus pur plus simple. Fuit-elle l’agressivité et l’injustice qui nous côtoient pour se tourner vers l’insouciance, la protection foetale retrouvée dans les piscines tempérées, les rêves et les rires de ces enfants heureux ou au contraire ces photos sont elles les images utopiques et idéalisées d’un avenir libre et sans contraintes pour l’homme.

On aurait tendance à oublier que Lily Franey est une militante de longue date, qu’elle a voyagé et photographié partout ou l’homme souffre : les images de la famine et de la guerre en Ethiopie, de la sécheresse du Sahel, les problèmes d’après guerre du Viet-Nam, les révoltés au Guatemala. En France elle photographie constamment le monde du travail et elle soutien par tous ses moyens les femmes et les hommes dans leur lutte pour plus de justice sociale.

C’est en sachant cela qu’il faut reconsidérer la tendresse investie dans ces photos de l’enfance. Actuellement pour beaucoup de photographes, l’horreur et la brutalité de ce monde se traduisent par l’image « esthétique ». Les photos de la souffrance, du sang et de la mort se réduisent à une sorte de formalisme artistique.

Pourtant les images de Lewis Hine, Eugène Smith, Patrick Zachmann ou Carol Guzy et de tant d’autres, sont de nécessaires et authentiques témoignages de la souffrance de l’homme et il faut que chacun de nous porte ces images en lui pour que peu à peu, nous prenions conscience de la nécessité d’arrêter ces horreurs.

Lily Franey, elle, dans ses dernières photos, se laisse envahir par une tendresse qui manque tant en ce monde. Elle nous montre le plaisir que nous éprouvons tous à contempler les découvertes merveilleuses des enfants.

Veut-elle nous montrer que c’est peut-être la seule façon qui nous reste de rendre notre monde un peu plus humain.                                                       Sabine Weis